Angeline allait fêter ses 7 ans en décembre, et était fille unique.
Elle avait les yeux gris de glace, et de très longs cheveux châtain.
Elle vivait comme un vrai garçon manqué, et ses parents en étaient très fiers.
Elle aimait la moto depuis toujours, pratiquait la pèche, et adorait se promener dans les prés et les champs près de chez elle.
Les grenouilles de la rivière n'avaient plus de secret pour elle.
L'escalade des murs ou des arbres....un jeu de tous les jours.
Le cheval de papa Noël, son grand père, lui avait donné 1 bon coup de sabot en plein front cet été, mais elle aimait tant ce magnifique destrier, qu'elle en oubliait les recommandations de son papy.
Elle n'arrivait pas à supporter les poupées et Barbies dans ses jouets. C'était très étrange, mais elle ne trouvait aucun intérêt pour ses jeux de fillette, et bien souvent, ils ne subsistaient que 2 jours.
Cette petite fille, éduquée à la manière des années 50, sous la loi du patriarche et du « vous voyer », ne se doutait pas que sa vie allait changer quelques mois plus tard.
C'était la fin septembre en 1 ère primaire, à l'école des soeurs de Marie.
Son monde se bornait à sa famille, son petit village de campagne, et toutes ses bonnes s½urs qui s'occupaient de son éducation.
Alors qu'elle venait de rentrer de la messe du dimanche matin, elle demanda la permission d'aller se changer pour aider sa mère à préparer le repas de midi.
Une fois son tablier de cuisine revêtu, elle questionna sa mère sur les tâches qu'elle pouvait accomplir.
Celle-ci était manifestement préoccupée, et continuait de peller les pommes de terre, sans prêter attention à cette petite à ses côtés.
Angeline savait très bien qu'il ne fallait pas déranger ses parents en pleine réflexion, et attendait donc que sa mère la remarque. La politesse était le premier mot d'ordre dans la maison, et il était interdit de braver cette loi.
Alberte venait de mettre le repas à cuire, quand elle demanda à sa fille de s'asseoir à table, car elle devait lui parler d'une chose très importante.
La fillette s'exécuta sans attendre, et regardait sa mère.
Un lourd silence s'était installé dans la pièce.
-Angeline, tu voudrais quoi ? Une petite s½ur ? Ou un petit frère ?
-Heu....Je sais pas...Je peux choisir ?
-Oui, tu peux choisir. Papa et moi avons demandé un autre enfant à la cigogne, et nous voudrions savoir ce que tu voudrais.
-Ho maman !!!!! Je voudrais tant une petite s½ur ! Je serrai plus toute seule ! Je lui apprendrai plein de choses, je m'oc..........
-Bon ! Calme toi ! Je vais donc demander une petite s½ur. Tu peux aller te recoiffer, laver tes mains et ensuite jouer du piano. Je t'appellerai à 12h pour le dîner.
-Merci maman !! Merci beaucoup ! Je suis très contente...Elle arrive quand ma petite s½ur ?
-Il faut attendre. Elle arrivera pour les grandes vacances d'été, juste à la fin de l'école.
-Pfff, encore tout ça à attendre ?
-Et oui, il faut attendre que les jolies roses fleurissent pour qu'elle puisse naître.
-TOUT CA !!!!!!! Rhoo, c'est long....
-Allé ! Vas maintenant.
- Oui maman....Je vous aime.
-Moi aussi chérie.
Les mois passèrent, et Angeline préparait avec beaucoup d'impatience l'arrivée de sa petite s½ur.
Elle avait tout prévu. La moitié de sa chambre serrait pour elle, ainsi que tous ses plus beaux habits et jouets. Il y avait pleins de jolis dessins épinglés aux murs, avec des oiseaux, des arcs en ciel, des papillons...Tout cela pour le plaisir des yeux du petit ange à venir.
Elle serrait sa petite princesse à elle. Son amie et sa confidente, pour toujours.
Personne ne pourrait lui faire de mal, elle la protégerait de tous les méchants et tous les monstres.
Elle lui apprendrait à jouer du piano, à pêcher, à sauter au dessus du ruisseau, à repérer les lièvres dans les champs, à grimper aux arbres, à chanter à l'église le dimanche.
Elles seraient inséparables.
Angeline avait réussit ses examens avec mention TB.
Ses parents avaient préparé 1 fête ce dimanche là, pour fêter ses prestations scolaires, mais aussi l'anniversaire de son oncle.
Alors qu'ils étaient en plein repas, la mère de la petite se leva, et très calme, elle dit à son époux que c'était le moment, et qu'ils devaient partir tout de suite avec la valise.
Angeline n'avait rien comprit, mais elle dut aller dans sa chambre jusqu'à se que sa tante l'appelle. Papa et maman devaient partir tout de suite. C'est tout ce qu'elle savait.
Quand ses parents furent partis, sa tante lui demanda de descendre auprès d'elle.
C'est donc dans ses circonstances assez troubles, qu'Angeline apprit que sa maman allait en clinique, car le bébé allait arriver.
Le lendemain matin, le papa rentra.
Il était fou de joie et alla pleurer dans les bras de son frère, qui était resté pour veiller à la petite durant la nuit. Il riait et criait :
C'est 1 petit garçon !! J'ai un petit garçon !!! Nous avons un petit Frédéric dans la famille !!!!
Angeline ne l'avait jamais vu dans un tel état d'excitation.
Elle restait là, de l'autre côté du salon, à regarder son père et son oncle, sans vraiment comprendre.
Quand Jacques fut calmé, après avoir discuté entre grands, elle alla près de lui pour lui dire bonjour.
-Bonjour papa !
-Bonjour chérie !
-Maman n'est pas là ?
-Non. Maman est encore en clinique...avec ton petit frère.
-Mon...petit...frère ???
-Oui. Tonton va partir chez lui. Nous allons préparer quelques affaires pour maman, et ensuite, nous partirons les voir tout à l'heure.
Tu es contente ?
-Mais....J'ai un petit frère ?
-Oui.
-Mais...Je devais avoir une petite s½ur....Maman allait demander une petite s½ur...Je pouvais choisir....Pourquoi ? Pourquoi je n'ai pas ma petite s½ur ???
-Ma puce, on ne choisit pas...C'est le bon Dieu qui choisit ce qui est bon pour nous.
Il à choisit de nous envoyer Frédéric. Tu n'es pas contente ?
-Si...
C'était si injuste. Alors que la petite avait choisit, et qu'elle avait tant attendu...Tout préparé...Tout prévu...
Ils arrivèrent à la maternité. Angeline était ravie de revoir sa mère. Elle voulut courir se blottir contre elle pour lui dire bonjour, mais celle-ci resta de marbre. Alberte était froide et distante envers sa fille.
-Vas t'asseoir sur la chaise, au bout du lit. Et tu ne fais pas de bruit, pour ne pas réveiller ton petit frère.
-(En chuchotant) Oui maman.
Elle vit le petit bébé dormir dans son petit lit. Il avait 1 petit bonnet, et des petits gants blancs. Son petit nez était tout jaune. Il était si mignon...Et si petit.
-Maman ? Je peux tenir mon petit frère dans mes bras quand il serra réveillé ?
-NON !
La petite fille ne comprenait pas.
Pourquoi ?
Pourquoi sa maman avait changé ?
Pourquoi le bon Dieu avait décidé de lui envoyer un petit frère ?
Pourquoi elle ne pouvait pas tenir se joli bébé dans ses bras ?
Pourquoi sa maman était si fâchée contre elle ?
Toutes ses questions se bousculaient dans sa tête...et elle avait beau réfléchir...elle ne trouvait aucune réponse. Ses yeux étaient embués de chagrin, mais elle ne pouvait pas pleurer.
On pleure quand on à mal, ou quand quelqu'un de chers est mort. Encore une règle à respecter. Elle avait une grosse boule dans la gorge...mais elle n'avait pas mal.
Jacques, voyant la réaction de sa femme, et le regard perdu de la petite, demanda à celle-ci de sortir 5 minute de la chambre, et d'attendre dans le couloir.
Elle s'assit tout contre le mur de la chambre, et attendit que son père la fasse entrer à nouveau.
Sans le vouloir, elle entendit malgré elle, la conversation de ses parents.
-Pourquoi tu ne veux pas que la petite approche Frédéric ? Elle n'a rien fait de mal ! Elle veut juste connaître son petit frère. Tu ne lui as même pas dit bonjour !
-Maintenant que j'ai mon rêve dans les bras, il est hors de question qu'elle lui fasse du mal.
Même si elle ne le fait pas exprès. Elle est trop petite, et un accident est trop vite arrivé.
Je ne prendrai pas le risque que mon petit ange ait du mal par la bêtise de sa s½ur.
Ainsi donc, depuis la naissance de son petit frère, Angeline grandit dans l'indifférence totale de sa mère. Plus de câlins. Plus de mots gentils. Plus d'attention.
Sa maman l'avait totalement oubliée.
Tous les jours, dans ses prières, l'enfant demandait pourquoi...
Pourquoi sa mère ne l'aimait plus ?
Pourquoi elle ne pouvait pas aller près de son petit frère ?
Pourquoi une telle punition ?
Qu'avait-elle fait ?
Avait-elle été méchante ?
Devait-elle demander pardon ?
Pendant ce temps...son père devenait bizarre.
Alors qu'il ne s'était jamais disputé avec sa femme, il ne se passait plus une journée sans rixes dans la maison.
Angeline...petite fille oubliée, partagée entre l'incompréhension et le chagrin.
Elle allait avoir 7 ans.
Alors qu'elle rêvait de partager sa vie avec sa petite s½ur tant attendue....Elle venait de tout perdre....A commencer par sa maman.